Walter Lord

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Guy Bonnardeaux
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Walter Lord

Message par Guy Bonnardeaux » jeu. 1 avr. 2010 10:59

Walter Lord et Pearl Harbour

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Article paru dans Reflets n° 80, 4ème trimestre 2006

En guise d’introduction, quelques faits et dates…

7 décembre 1941 : attaque aérienne japonaise de la base navale américaine de Pearl Harbor aux Iles Hawaï.

À partir de là, les victoires des troupes de l’Empire du Soleil Levant vont se succéder :

8 décembre 1941 : bombardements des Philippines et prise de contrôle de l’Indochine.

10 décembre 1941 : occupation de Guam.

21 décembre 1941 : traité avec la Thaïlande.

23 décembre 1941 : prise de l’île de Wake.

25 décembre 1941 : contrôle de Hong Kong.

1er janvier 1942 : invasion de la Birmanie et occupation de Manille aux Philippines (où les Américains résisteront encore plus de trois mois sur l’île de Bataan, sous le commandement de MacArthur basé à Corregidor).

15 février 1942 : Singapour tombe.

En six mois, le Japon aura remporté des victoires importantes et se sera rendu maître des Indes Néerlandaises, du nord de la Nouvelle-Guinée, des Mariannes, des Marshall, des Gilbert, des Salomon (menaçant ainsi l’Australie…). La majeure partie de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique Occidental est donc occupée...

Le 9 avril 1942, la résistance américaine sur Bataan prend fin. 70.000 prisonniers sont contraints à une “marche de la mort” vers d’infâmes camps de prisonniers. Cette marche fera 10.000 victimes et vaudra plus tard et à juste titre la mort pour crime de guerre au général qui dirigeait cette horreur.

Note : marches forcées, horreur des camps, maltraitances : Willy Bourgeois évoquait avec précision et humanité ces méfaits dans son livre Les Evadés de Pabanga, Marabout junior n° 215, Ed. Gérard & Co. Verviers, 1962. Un ouvrage étudié dans Reflets HS n° 5 et l’album publié par l’Age d’or en 2008 Marabout Junior et ses Auteurs

Les Américains capitulent aux Philippines le 25 mai. C’est à cette triste occasion que Mac Arthur lancera son célèbre : « I ’ll come back to Corregidor ! ». Il tiendra parole…

Le vent va commencer à tourner et la formidable puissance militaire U.S. animée du jusqu’au-boutisme de l’Amérique va changer le cours de la guerre.

7-8 mai 1942 : La Bataille de la Mer de Corail tourne à l’avantage des États-Unis et voit le début du repli de l’ennemi qui dès l’été de la même année, reculera devant l’avance et les succès yankees – durement acquis, avec souvent et malheureusement de nombreuses pertes de part et d’autre au cours de batailles sanglantes – qui vont se succéder.

3-4 juin 1942 : Bataille de Midway.

Août 1942 à février 1943 : Guadalcanal.

Mai à août 1943 : les Américains reprennent les Aléoutiennes.

23 novembre 1943 : c’est au tour de Tarawa aux Iles Gilbert.

19 février à mars 1945 : Iwo Jima

1er avril à juin 1945 : Okinawa

Deux évènements effroyables vont ensuite précipiter la fin du conflit :

6 août 1945 : première bombe atomique lancée sur une ville habitée : Hiroshima

Note : évoquons une fois encoreWilly Bourgeois et son Cap sur Hiroshima, Marabout junior n° 207, Ed. Gérard & Co., Verviers, 1961, Un livre également salué et analysé dans Reflets HS n° 5 et l’album publié par l’Age d’or en 2008 Marabout Junior et ses Auteurs.

9 août 1945 : seconde bombe atomique larguée cette fois sur Nagasaki.

...je me suis toujours demandé pourquoi avoir lancé ces abominables engins de mort sur des populations civiles à Hiroshima et Nagasaki et pas sur le palais impérial du Mikado et sa clique galonnée responsables de toute cette infâme boucherie...

2 septembre 1945 : capitulation du Japon.

Répétons-le, bien d’autres batailles et faits importants marquèrent cette terrible guerre et ils auraient eu leur place dans cette petite liste qui n’a pas pour ambition d’être complète mais seulement de résumer l’essentiel par l’évocation de grandes étapes.

Walter Lord raconte Pearl Harbour…

Pearl Harbour, 7 décembre 1941 – par Walter Lord (titre original : Day of Infamy) – junior n° 141, Ed. Gérard & Co., Verviers 1959 – Ed. Robert Laffont, Paris, 1958

« It’s the real McCoy ! », expression américaine qui veut dire « C’est authentique ! » page 119.

Par ces mots, Webeley Edwards, directeur de la station-radio KGBM annonce, le 7 décembre 1941 vers 09.00 heures, que c’est bien une attaque authentique qui frappe Pearl Harbor ! L’expression est restée dans la mémoire de beaucoup comme symbole du début de la guerre… Au commencement de l’attaque, pour la plupart des officiers, soldats, aviateurs, marins et civils sur place, ce raid ressemblait à un exercice de plus, musclé peut-être mais de routine quand même. Walter Lord truffe d’ailleurs son récit d’exemples étonnants, comme nous allons le lire…

À Washington, les autorités s’attendaient à une attaque japonaise sur les Philippines, la Malaisie ou peut-être Bornéo. Pour cette raison, le porte-avions Enterprise n’était pas à Hawaï, son commandant, l’amiral Halsey ayant reçu pour mission de déposer à l’île de Wake, un renfort de douze appareils de chasse. Le 2, la livraison terminée, le bâtiment avait viré de bord et devait rejoindre son port d’attache pour le 6. Une avarie en avait décidé autrement, privant ainsi l’équipage d’une bordée à terre le week-end et laissant le porte-avions, à l’aube du fatidique 7 décembre, à quelques 200 milles à l’ouest de Pearl Harbour…

Sur place, les week-ends étaient synonymes de soirées dansantes, de dîners, de réjouissances à terre. Et cette fin de semaine là, justement, le port était particulièrement encombré de navires. Partout à terre, il y avait plus de monde que d’habitude…

Le commandant en chef de la région militaire d’Hawaï, le Général Short pensait que le danger pouvait provenir des quelques 158.000 civils supposés ennemis vivant sur place, une cinquième colonne en quelque sorte. Que redouter en réalité ? Que comprendre aussi de cette communication téléphonique, interceptée par le F.B.I, et donnée par un journaliste à destination d’un compatriote d’Honolulu? Un appel qui consistait en questions sur les avions, les marins présents et…les fleurs auquel le correspondant avait répondu :

« Il y a actuellement moins de fleurs qu’à aucun autre moment de l’année. Cependant les hibis et les pois de senteur ont maintenant éclos » p. 9

Que pouvait signifier ce charabia ? Comment décortiquer les informations, les trier et en tirer l’essentiel pour prévoir le pire ?

Walter Lord décrit minutieusement les craintes, les interrogations d’un camp et, pour ce qui concerne l’autre antagoniste, toute la préparation de l’attaque, les effectifs, la puissance de frappe, l’approche, les sentiments des acteurs, le déclenchement de l’opération… Il évoque presque minute par minute les évènements et leurs conséquences désastreuses. Le temps considérable qu’il a fallu aux victimes pour réaliser qu’il ne s’agissait ni d’un jeu, ni d’un exercice, ni d’une erreur.

« (…) L’opérateur radio Harry Mead n’arrivait pas à comprendre pourquoi des avions américains bombardaient la base (…) » p. 57

« (…) le matelot Robert Osborne lui fournit une explication : c’était une erreur de l’armée (…) quelqu’un (…) va se faire sonner drôlement les cloches pour avoir mis des vraies bombes sur les avions (…) » P.58

« Martin Donahue (…) pensa que, cette fois, les aviateurs de l’armée américaine étaient vraiment tombés sur la tête (…) » P. 58

Incrédulité totale : personne ne s’imagine que c’est l’ennemi qui attaque !

« Juste au nord de Wheeler, le major-général Maxwell Murray, cdt de la 25ème division d’infanterie, entendit un avion piquer sur sa maison à Schofield. Il se précipita à la fenêtre dans l’intention d’identifier le pilote pour le faire punir de cette infraction au règlement interdisant le rase-mottes (…) le général ne parvint pas à lire le numéro d’immatriculation (…) jetant un coup d’œil sur sa montre (…) il connaîtrait au moins l’heure d’atterrissage. A sa grande surprise, l’avion jeta une bombe. » p. 68

À bord des navires attaqués, bombardés, torpillés c’est pourtant l’enfer.

« Delano pouvait entendre les supplications et les cris des hommes restés derrière cette porte et songea avec angoisse au choix que devait faire le capitaine de frégate Harper, officier des avaries du West Virginia : condamner ces hommes à une mort certaine ou ouvrir la porte, et mettre en péril le navire en même temps que la vie des hommes qui se trouvaient dans le compartiment central. La porte demeura fermée. » P. 75
Quand tout le monde a pris conscience de la réalité des évènements, il est déjà trop tard mais des héros se battent quand même avec les moyens du bord. Tout au long du livre, les exemples dramatiques nous sont livrés tels qu’ils ont été rapportés par les témoins : les tentatives désespérées, parfois avec des armes rudimentaires, non adaptées, de ceux qui pouvaient encore essayer de combattre et tous ces hommes pris au piège à l’intérieur des navires ou perdus dans les eaux mazoutées et en flammes du port… La situation à 08.05/08.10 heures :

« Le gros de la flotte était par le fond ou immobilisée. L’Arizona, l’Oklahoma et le West Virginia étaient coulés, le California en train de sombrer, le Maryland et le Tennessee bloqués par les bâtiments coulés à leur côté, le Pennsylvania en cale sèche incapable de bouger. Seul restait le Nevada, mais atteint par une torpille et deux bombes, ses chances de s’en sortir semblaient des plus limitées. Le tableau n’était guère plus brillant pour les bâtiments de moindre importance. »
p. 82

Une catastrophe qui fera dire au Président Roosevelt , le 8 décembre à 12 h. 29 à la tribune du Congrès, :

« Hier, 7 décembre 1941, un jour qui restera à jamais marqué d’infamie, les États-Unis ont été l’objet d’une attaque brutale et délibérée… »

La Guerre du Pacifique venait de commencer. De longues années de combats, de souffrances, de défaites puis de victoires allaient suivre. Il faudra aller jusqu’aux horreurs de Hiroshima et Nagasaki pour y mettre un terme…

L’auteur

Walter Lord voit le jour le 8 octobre 1917 à Baltimore. D’abord diplômé en Histoire de l’Université de Princeton, il suit les cours de droit à Yale quand éclate la seconde guerre mondiale. Pendant cette période de conflit, il travaille comme employé des codes pour le bureau des services stratégiques à Washington (Office of Strategic Services). Il est ensuite analyste du renseignement à Londres. En 1945, il retourne à Yale poursuivre les études interrompues sans pour autant vouloir pratiquer par la suite le métier du droit. Il veut écrire. Il sort d’abord un ouvrage rédigé avec l’expert fiscal J.K. Lasser, intitulé « Payroll Alamanac » que l’on pourrait traduire par la saga de la feuille de salaire… Par la suite, alors qu’il collabore en temps que rédacteur à l’agence de publicité J.W. Thompson de New York, il publie The Fremantle Diary qui reprend le journal, les notes, d’un officier britannique, sympathisant des confédérés lors de la guerre de sécession. Un livre qui connait à l’époque un certain succès.

En 1954, il termine son célèbre A Night to Remember, livre-phare consacré au naufrage du Titanic . Pour le rédiger, il recueille les témoignages de quelques soixante survivants. Il est l’un des premiers à appliquer la technique de description journalistique pour faire un livre. A Night to Remember, sorti finalement en 1955 fait la réputation de Walter Lord et lui permet de devenir un écrivain professionnel.

En 1957 il publie Day of Infamy, l’attaque de Pearl Harbor que nous venons d’évoquer. Il écrit au fil du temps de nombreux ouvrages d’une grande diversité comme, par exemple, l’histoire de James Meredith dont l’accès à l’Université du Mississipi en 1962 provoque des émeutes; comme aussi le récit détaillé des deux semaines du siège d’Alamo par l’armée mexicaine ou encore la bataille de Midway et l’évacuation de Dunkerque…

Ce grand écrivain américain est mort à l’âge de 84 ans, le 19 mai 2002, dans son appartement de Manhattan.

Quelques titres originaux de Walter Lord

A Night to Remember, 1955 (consacré au naufrage du Titanic)
Day of Infamy, 1957 (à propos de Pearl Harbor)
The Good Years, 1960 (les quinze premières années du 20ème siècle)
A Time to Stand, 1961 (Alamo)
Peary and the Pole, 1963 (Robert Peary bien entendu)
Incredible Victory, 1967 (la bataille de Midway)
The Past that would not die, 1968 (l’histoire de James Meredith)
The Dawn’s Early Light, 1962 (la bataille de Baltimore en 1814)
Lonely Vigil, 1977 (hommage aux gardes côtes alliés aux Iles Salomon)
The Miracle of Dunkirk, 1982 (Dunkerque bien sûr).

Beaucoup parmi ces livres ont été publiés en français.

Guy Bonnardeaux

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Message par Boy » jeu. 1 avr. 2010 11:48

:shock: Quelle mine, notre Guy! Un puits de renseignements, sinon de science!!! :D
:cheers: Une fois de plus, MERCI! ;)
"La montagne, couverte d'une jungle épaisse semblable à un tapis de caoutchouc mousse, glissa sous le ventre brillant du Mitchell... Et tout à commencé.

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Message par lagon requin » jeu. 1 avr. 2010 14:41

:study: On s'instruit :study: merci Guy :shock:
je rêve d'un train très grand où la paix voyage avec tous les enfants et que nous puissions voir les spectacles de l'amour où on nous donne de l'affection.
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Message par Guy Bonnardeaux » jeu. 1 avr. 2010 19:13

:oops: :D

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Message par aristide hergé » jeu. 1 avr. 2010 19:27

Je ne connaissais pas tous ces détails sur Walter Lord, misérable vermisseau que je suis :oops: en face de ce puits de science qu'est Guy :shock:

Pour moi, Walter Lord reste l'auteur de référence sur le naufrage du Titanic, sujet qui me passionne depuis maintenant ... 50 ans :x
- "A night to remember" (La nuit du Titanic, 1955)
- "The night lives on" (Les secrets d'un naufrage, 1986)
"Deux intellectuels assis iront moins loin qu'une brute qui marche"

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Message par Guy Bonnardeaux » sam. 3 avr. 2010 15:13

;)

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