James Ellroy, le grand

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Guy Bonnardeaux
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Re: James Ellroy, le grand

Message par Guy Bonnardeaux » mer. 12 oct. 2016 11:20

Dernier message de la page précédente :

Je viens de terminer Perfidia, enfin sorti en poche, Rivages/Noir n° 1022 ...
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Faut-il vraiment dire que c'est encore un autre grand roman de James Ellroy ? Un peu longuet quand même, plus de 900 pages, très détaillées, avec de multiples développements, et un nombre incalculable de personnages ( ils sont d'ailleurs listés en fin de volume ... ).

On y retrouve, plus jeunes, nous sommes ici en 1941, quelques jours avant et quelques jours après Pearl Harbor, la plupart des protagonistes du premier quatuor de L.A. et certains de la trilogie Underworld U.S.A... Parmi lesquels l'ignoble Dudley Smith...

Après Pearl Harbor, les Japonais nés ou non aux States et vivant à L.A. sont les cibles, même s'ils n'ont rien à voir avec les événements. Ils sont - par prétexte, bêtise, ignorance ou propagande - assimilés à une cinquième colonne de manière à leur enlever et voler leurs biens, les isoler, les exploiter dans les pires domaines...

Il y aura trois autres volumes annoncés pour former un nouveau quatuor...

Avec toujours ce style tranchant, rythmé de James : sujet, verbe, complément (point) sujet, verbe, complément (point) sujet, verbe, complément (point)...

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Re: James Ellroy, le grand

Message par Guy Bonnardeaux » jeu. 3 nov. 2016 14:50

Le Dahlia Noir
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J’ai lu une première fois Le Dahlia Noir fin des années quatre-vingt et le livre m’avait beaucoup impressionné.

Passionné aussi tant est intense cette quête de la vérité dans le monde glauque, pourri par l’argent, la drogue, le sexe, le mensonge, les ambitions et peuplé de cinglés de tous les styles, du L.A. d’après-guerre ( mais les choses ont-elle changé ? ) décrit par Ellroy.

Ce livre, avec d’autres, avait été perdu lors de travaux nécessitant un gain de place, une perte voulue de bouquins que j’ai toujours regrettée par la suite et qui m’a vu essayer au fil du temps de retrouver à gauche et à droite des éditions de ces pages dont n’aurait jamais dû se séparer le collectionneur que je suis…

Pour ce qui concerne Le Dahlia Noir que je n'avais plus revu en poche, du moins dans les bouquineries que je fréquente, une réédition en a heureusement été faite en 2006 et Rivage/Noir l'a réimprimée en 2016.

J’ai donc pu ainsi replonger dans cette terrible histoire, sans doute le premier grand roman fascinant et marquant ( après six livres ) basé sur des faits réels, écrit par l’auteur. Un livre qui constitue par ailleurs le premier volet du "quatuor de Los Angeles", les trois autres étant Le Grand Nulle Part, L.A Confidential et White Jazz.

Des bouquins dans lesquels se côtoient de sombres crapules, de véritables monstres, des flics-gangsters, des politiques avides de pouvoir, du racisme à tout crin, des gauchistes, l’extrême-droite, tout … Des êtres humains aussi, heureusement, différents, perdus en fin de compte dans toute cette fange qui est une injure au soleil de la Californie…

Tous sont de grands livres à l’écriture rythmée, de ce rythme si particulier à Ellroy ( souvent sujet/verbe/complément/point ) et deux d’entre eux ont fait l’objet de films à succès, Le Dahlia Noir et L.A. Confidential.

J’ai relu ce roman en deux « séances de lecture » seulement tant il « coince » littéralement le lecteur dans un fauteuil qu’il ne peut quitter qu’une fois lu le dernier mot de l’ultime chapitre.

Cette réédition compte une postface rédigée par l’auteur en 2006. Elle apporte un nouvel éclairage sur les motivations, les sentiments, les obsessions de l’écrivain pour qui le drame d’Elisabeth Short surnommée le Dahlia Noir rappelle d’une certaine façon l’histoire de sa propre mère qu’il nous résume... Il profite aussi de cet addendum pour rendre hommage à Brian De Palma pour le film réussi qu’il a tiré, avec d’autres intervenants, du roman.

Décidément, Ellroy, comme Harrison ou Connelly, aura réussi à faire de moi un lecteur fidèle parmi les fidèles et je ne suis pas le seul, loin s'en faut …
Modifié en dernier par Guy Bonnardeaux le jeu. 3 nov. 2016 18:33, modifié 1 fois.

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Re: James Ellroy, le grand

Message par Michel » jeu. 3 nov. 2016 14:58

Et le film que j'ai regardé une nouvelle fois il y a peu, fais bien ressortir la noirceur du livre. :pouce:

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Re: James Ellroy, le grand

Message par Back Door Man » jeu. 3 nov. 2016 16:34

J'ai revu le film il y a 1 ou 2 mois. Toujours un plaisir de revoir un polar de cette qualité. (Même opinion pour L.A. Confidential). C'est là qu'on voit que les ricains peuvent faire des films immondes mais aussi des chef-d'oeuvre pour peu qu'ils aient un bon scénario à exploiter et un metteur en scène de qualité. Mais bon Brian De Palma n'est pas non plus le premier venu

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Re: James Ellroy, le grand

Message par S.S.S. » jeu. 3 nov. 2016 19:51

Idem pour moi, un film à voir et revoir :D
Pour qu'il y ait le moins de mécontents possibles il faut toujours taper sur les mêmes :clown:

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Re: James Ellroy, le grand

Message par aristide hergé » sam. 12 nov. 2016 15:51

Ben perso, autant j'ai aimé "L.A. Confidential", autant j'ai eu du mal à adhérer au 'Dahlia Noir" (au niveau de sa construction ... :( )
"Deux intellectuels assis iront moins loin qu'une brute qui marche"

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Re: James Ellroy, le grand

Message par Guy Bonnardeaux » sam. 11 mars 2017 09:30

En 1984, sortait le premier roman de James Ellroy, Lune sanglante, que j'ai lu et beaucoup apprécié il y a quelques années :
ImageImage Blood on the Moon - Rivages/Noir n° 27

Crazy Lloyd, le sergent surdouté Lloyd Hopkins entre ainsi en scène. Policier d'exception au Q.I. élevé, à la bravoure et la probité sans faille ( mais ne nous trompons pas il a aussi de lourds défauts.. ) il est confronté ici à un monstre, un de ces horribles tueurs sadiques qui font que l'on se demande pourquoi Los Angeles porte un nom si angélique...

Mais Hopkins, comme souvent dans le genre, ne doit pas seulement se battre contre un monstre, il suscite aussi des jalousies et ne fait pas l'unanimité quant à ses méthodes radicales auprès de sa hiérarchie dont certains membres ne sont pas blanc bleu. Terrible roman par son sujet, la psychologie des personnages. Ellroy ne mêlait pas encore à ses intrigues de l'époque les stars d'Hollywood en leur attribuant des comportements délirants - vrais ou faux - comme il le fera souvent par la suite. Ici nous sommes dans le roman noir pur, bien fait, intelligent, imparable...

L'auteur ne s'en est pas tenu à ce seul roman pour mettre Lloyd en scène. La semaine dernière je suis tombé sur deux autres opus qui en constitue la suite :

A cause de la nuit
ImageImage Because of the Night - Rivages/Noir n° 27

Je viens de terminer celui-là qui se révèle - mais pouvais-je en douter ? - aussi bon que le premier. Et tout aussi tordu et terrible de par la psychologie des personnages mis en scène. Lloyd est ici confronté à un manipulateur de génie ( du mal ) et il a bien du mal à dénouer les fils d'un montage sanglant et inextricable dans lequel on lui fait jouer un rôle à son insu. Ajoutons qu'il ne fait toujours pas que du bien à certaines huiles du L.A.P.D. Les rebondissements se bousculent tout au long de ces pages hantées par des êtres incontrôlables, soumis ou non. Un grand roman, encore un, de James.

Il y a un troisième tome consacré à Lloyd Hopkins, La collinne aux suicidés :
ImageImage Suicide Hill - Rivages/Noir n° 40

qui doit avoir quelque part un lien avec le précédent puisque ... non, ne révélons rien... mais je n'en ai commencé la lecture qu'hier. Je sais de toute manière que je ne serai pas déçu par Ellroy...

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Re: James Ellroy, le grand

Message par Guy Bonnardeaux » sam. 11 mars 2017 18:15

L.A. Confidential repasse sur ARTE ce dimanche soir...

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Re: James Ellroy, le grand

Message par aristide hergé » sam. 11 mars 2017 18:18

Guy Bonnardeaux a écrit :
sam. 11 mars 2017 18:15
L.A. Confidential repasse sur ARTE ce dimanche soir...
Excellent film, que j'ai de beaucoup préféré au Dahlia Noir ! :pouce:
"Deux intellectuels assis iront moins loin qu'une brute qui marche"

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Re: James Ellroy, le grand

Message par Guy Bonnardeaux » sam. 25 mars 2017 16:17

Un tueur sur la route Rivages/Noir n°109 - Titre original Silent Terror, 1986 ImageImage Je n’apporte rien de neuf en soulignant une fois encore que James Ellroy est un très grand écrivain. Un maître.

Tous ses livres sont des œuvres de poids dans le monde du polar mais, pas seulement, car il se plaît à décortiquer aussi la société américaine sous tous ses aspects, faisant référence à la politique, à l’organisation des polices, aux mondes de la pègre, de la drogue, de la prostitution, de la déchéance. Il développe la psychologie souvent tordue de ses personnages d’une manière qui n’appartient qu’à lui, avec des vérités, des mots qui portent ( ô combien ) issus d’un vocabulaire sans fioriture aucune. Il veut tellement interpeller son lecteur qu’il n’hésite pas à donner libre cours à l’excès dans ses scènes dures ou en en décrivant les protagonistes.

Et puis, il ne travaille pas à l’économie, James, ses livres sont des briques qui se rassemblent pour certaines en trilogie
( Lune sanglante, A cause de la nuit, La colline des suicidés ) afin de nous raconter les enquêtes, l’efficacité mais aussi les travers de Lloyd Perkins dit le dingue, policier surdoué mais ne s’encombrant ni des conventions ni du respect de la hiérarchie.

Ou en quatuors comme celui dit de Los Angeles ( Le Dahlia Noir, Le Grand Nulle part, L.A. Confidential et White Jazz ) dont le premier tome évoque un drame similaire à celui qu’a vécu sa mère et les trois autres les turpitudes de la politique qui fait ingérence dans le monde policier où sévissent des flics immondes comme Dudley Smith, parfois mystiques, toujours poussés par l’appât du gain, du pouvoir.

Il y a également l’extraordinaire triptyque American Tabloid, American Death Trip, Underworld USA qui permet à l’auteur de nous raconter une « Histoire » des Etats-Unis des années cinquante à quatre-vingt telle qu’il la voit lui et qui met en scène les Kennedy, Edward J. Hoover, le syndicat des camionneurs, Cuba, le Vietnam et bien d’autres intervenants, la plupart du temps peu reluisants.

Tous ces livres sont âpres, violents, durs et on sort de leur lecture très impressionné et bien des questionnements sur les vérités ou non que couche sur la page l’écrivain.

Extorsion est quant à lui un drôle de bouquin dans lequel James Ellroy démolit la réputation d’une quantité incroyable de vedettes hollywoodiennes…

Récemment, il a lancé un second quatuor de Los Angeles prenant son envol avec l’énorme Perfidia qui nous fait remonter le temps jusqu’à la seconde guerre mondiale et les événements découlant de l’attaque de Pearl Harbor par le Japon, événements qui entraînent bien des drames ( le mot est faible ) dont sont victimes des Japonais innocents pour la plupart. Une page d'Histoire que l’on ne nous avait jamais racontée ( à moi en tous cas ) et qui donne froid dans le dos, à postériori. Dans cette nouvelle série, dont nous attendons le volume 2, on retrouve les personnages, plus jeunes, en début de carrière, du premier quatuor comme Dudley Smith et les autres…

Il y a d’autres romans, individuels comme Un tueur sur la route que je viens de terminer et qui m’a littéralement épouvanté. Carrément. Comment peut-on imaginer que des êtres dits humains puissent faire de telles horreurs comme s’il s’agissait pour eux de réussir un jeu, comme s’il s’agissait pour eux d’une démarche normale, une "profession" en quelque sorte. C’est terrible. Un livre d’une dureté inimaginable dans ses descriptions et sa mise en scène de "serial killers" innommables. Ce qui est étonnant c’est que l’écrivain, par son style, la construction de son livre, parvient, en dépit des horreurs qu’il raconte, à tenir son lecteur jusqu’à la fin, un lecteur qui veut arriver au moment où enfin, les monstres seront découverts, éliminés si possible.

C’est un livre effrayant comme finalement toute la production du grand homme de L.A. Il n’utilisait pas encore cette écriture rapide sujet/verbe/complément à l’époque, la narration étant classique dans sa forme. Mais quelle narration...

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